20.05.2012
Pourquoi il faut y aller
J'ai accepté d'être la suppléante de Bertrand Courot pour les législatives des 10 et 17 juin prochains.
Je sens l'accusation de "girouettisme", d'oportunisme qui point, et je veux ici m'en défendre et me réclamer de la cohérence qui a toujours été la mienne depuis que je me suis engagée en politique.
Il est vrai que ce choix peut paraître étrange à ceux qui ont lu ma dernière note ou qui me classent parmi les extrême-centristes plutôt de gauche. En effet, Bertrand Courot, maire de Ste Ménéhould est clairement marqué à droite, ancien UMP, on se plaît ici ou là à me le rappeler (il paraît d'ailleurs que circule la rumeur que l'UMP châlonnaise l'empêche d'y revenir alors qu'il ne cesserait de frapper à la porte pour s'y encarter à nouveau. On le comprend presque, tant il est vrai que l'UMP châlonnaise fait envie, comme parti moderne et exempt de pratiques de diffamation douteuses ! ;)
Mais revenons au thème et cessons de nous égarer dans de l'anti-apparuisme de base, puisque Enfer et Damnation : sa candidature est classée Divers Droite et que tout le monde sait que "La droite, c'est maaaaal !"
Que se passe-t-il donc ?
Evidemment, une candidature exclusivement MoDem rebaptisée "Centre pour la France" (quel malheur !) aurait été beaucoup plus confortable, enfin, je veux dire, aurait posé de façon beaucoup plus claire l'étiquette.
Elle était exclue pour ce qui me concerne, je ne souhaitais pas y aller comme titulaire, je ne m'en sens pas encore l'envergure, voilà tout ! Commencer par reconnaître ses limites, c'est aussi une force en politique.
A condition que la limite devienne une chance !
Cette chance : le vertige, la prise de risque, oser mettre un pied d'un côté de la ligne, et l'autre de l'autre pour tester l'inanité de la frontière droite-gauche !
On me connaît militante active de RESF, opposante, secrétaire générale de La Nouvelle Force (association de centre et gauche créée après les dernières municipales), enseignante engagée. J'ai clairement formulé mon vote "Hollande" au deuxième tour sur ce blog. Ces nombreux handicaps ("La gauche, c'est maaaaal !") n'ont pas dérangé Bertrand Courot, au contraire...
N'est-ce pas le signe d'une certaine ouverture de sa part ? N'est-ce pas le signe que, classé à doite, il puisse laisser poindre sous le vernis parfois brutalement apposé, quelques-unes des caractéristiques de reconnaissance du centriste ?
Il aurait donc été UMP par erreur ? Je rappelle qu'entre 2002 et 2004, on a fait croire aux UDF qu'ils pouvaient entrer à l'UMP en restant UDF, ce qui s'est révélé totalement faux, comme en a heureusement témoigné Philippe Douste-Blazy durant la dernière campagne présidentielle. La fusion était de l'assimilation ; Bayrou l'avait prédit, Courot "a juré, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus". Un peu tard parce qu'il n'y a rien de plus collant qu'une étiquette...
Mais le "sans étiquette" n'est pas plus confortable ! C'est là la merveille en politique, où que l'on soit ou qu'on ne soit pas, on trouve toujours des gens pour nous le reprocher, et dans les deux cas, au nom de la sacro-sainte clarté qui fige toujours et empêche la complexité ! Centriste sans étiquette est donc forcément suspect. Mais que dire aujourd'hui du centriste avec étiquette : "Alliance centriste", "Centre pour la France", "ARES", "AGRID", "Nouveau Centre", "Parti Radical", "Gauche moderne", "Mouvement Démocrate" ? On attend la réforme qui permettra enfin à ces gens de la même famille, éclatée en partis rivaux, de se rassembler au lieu de se disperser pour obtenir les financements liés aux voix obtenues aux Législatives...
Bertrand Courot et moi, nous ouvrons en tout cas cette voix-là ! Nos différences de sensibilités et de parcours ne sont pas des points de blocage, au contraire, nous le testons au quotidien dans l'échange. Nous partageons déjà les valeurs et le souci de tomber d'accord, ce qui simplifie considérablement le travail de collaboration.
Je précise au passage, si le ton de ma note ne l'avait pas encore indiqué, qu'on ne m'a pas sollicitée pour être une suppléante-potiche, ouf ! ;)
Dans ce contexte, c'est pour moi une très grande joie de repartir en campagne et de porter sans être bridée, les idées et les convictions qui m'animent et qui sont celles de la famille centriste. J'ai choisi de le faire d'abord pour que nous ayons une représentation MoDem dans cette campagne au terme de ces 5 années de travail de terrain à Châlons, dans la Marne avec les copains. Je ne pars pas seule (je ne le pourrai pas) mais chargée de tout ce que nous avons mis dans le pot commun, sous la conduite de Nicolas Schmit, pour faire route ensemble, renouveler des pratique, et faire vivre notre voix d'indépendance. Portée par d'autres, c'est tellement plus simple de se sentir légitime !
Ce qui motive notre candidature commune, c'est bien en effet la volonté d'être centraux, libres et indépendants. Bertrand Courot du centre droit, Marie-Pierre Barrière Lallement du centre gauche, nous commençons ici à constituer cette force centrale capable de dépasser la loi du clan contre clan, d'arrimer des passerelles et de construire des ponts : "Nous voulons être utiles à la France, pour qu'elle échappe à ses divisions", disait François Bayrou dans son fort discours du 10 mai dernier ! C'est bien le cas, ici au local, et ce sera le cas à Paris, si nous sommes élus avec suffisamment d'autres candidats centristes pour constituer un groupe capable de peser sur les décisions, de voter avec quand la loi va dans le bons sens, de voter contre quand elle en manque... mais sans logique d'opposition politicienne.
Je reviendrai pour parler du programme, parce que c'est important et parce qu'il y aura encore d'autres objections à lever que j'entends déjà... Mais je tenais à vous rassurer, amis lecteurs ou hôtes de passage un peu curieux ou cherchant la faille, non, non, je ne me sens pas piégée le moins du monde par cette candidature, j'y vais avec confiance et combativité, puisque je sais qu'il faut y aller pour que vive le Centre !
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04.05.2012
Pourquoi il faut choisir
Dans deux jours ce sera terminé... Alors, avant, juste avant la fin, quelques mots de rétrospective et d'analyse à chaud.
Je regrette qu'avec les copains, nous nous soyons fait voler cette campagne électorale. En janvier, pourtant, on était fiers d'être au MoDem. Profitant de l'interstice entre les primaires et la non déclaration du candidat-président, Bayrou montait : 15%, produire en France...
Et puis, le gap... Plus de couverture médiatique, le candidat qui s'obstine dans le sérieux doctoral, les criailleries du gauche-droite, la nullité du niveau des débats... On rame, on attend, on ne sent rien, y a rien qui vient. Le Rivage des Syrtes version post-surréaliste (moins de style-même lenteur). Les gens ne sont pas méchants, ils aiment bien Bayrou en général mais ils disent soit : "Que fera-t-il au deuxième tour? " soit "Mais il est un peu seul quand même..."
Pourtant, le programme était bien fait : premier livre diagnostic en août, la conf de presse sur le redressement en décembre, trois pilliers puis quatre déclinés en janvier - février dans les forums thématiques, la synthèse sous la forme d'un deuxième livre avec modification de slogan de campagne (l'autre était un peu long) en mars, le 14, jour de la venue de Bayrou à Epernay où on a remis tout çà en offrande à Bernard Stasi.
Ce que j'attendais s'était produit du point de vue du contenu : en novembre, je me souviens d'une Union Régionale où j'expliquai avec un peu de flamme que j'aimais bien l'idée du redressement, que oui, les finances à l'équilibre, c'était décisif pour tenir en respect la spéculation, et changer d'horizon, mais que quand-même, il fallait à un moment envisager de dessiner cet horizon. Redresser mais pour quoi faire ? Quel projet de société ? Quel monde pour demain ? Quand l'Europe ? Quand l'international ? Quand l'écologie ? Quand la communauté personnaliste ? D'Etat d'urgence en Août à La France solidaire en mars, j'ai senti qu'il y avait cette évolution-là... A parfaire et partielle, mais là, tout de même...
Mais au moment où je m'enthousiasmais sur la trajectoire, le 14 mars, j'ai compris aussi qu'on ne gagnerait pas. Le dialogue annoncé avec le candidat à la mairie annexe du Quartier de Bernon à Epernay s'est finalement mué en simple cours magistral d'une heure trente sur les trois pilliers, le même cours que celui dispensé quelques heures auparavant aux journalistes réunis à Paris pour la présentation du programme... Le "style" ne passait pas, la magie de 2007 n'aurait pas lieu, François Bayrou ne susciterait pas d'élan, il était devenu trop vieux...
Les deux candidats principaux ne suscitaient pas grand engouement non plus : je trouvai atroce la voix de Hollande en meeting, comme dopé aux anaphores, bataillant ferme contre l'image du flamby coulant, simulant l'enthousiasme et stimulant la ferveur. Et Sarkozy ne pouvait plus depuis le Fouquet's entraîner au-delà de son propre clan : pour moi et pour beaucoup, il représente une sorte d'erreur historique de la fonction présidentielle, il est grillé, cuit, atomisé comme président depuis le début de son dernier mandat !
Je n'ai évidemment jamais remis en cause mon choix de voter Bayrou et j'ai fait campagne pour lui avec des copains dévoués corps et âme, qu'ils soient ici remerciés. Mais ce que j'ai vite compris, c'est qu'on n'avait pas les outils, vu le contenu complexe du programme, pour gagner des voix faciles. Pas d'anti-l'autre, pas de promesse, pas de "trucs" de com sur l'immigration ou la finance. En revance on avait à profusion du sang et des larmes et un voire deux crans de ceinture en moins... et un choix de renouvellement des méthodes de gouvernance que les gens prennent souvent pour un gadget alors qu'il est ultra-décisif pour entrer dans le monde qui vient. On avait aussi quelque chose de bon sur un nouveau projet de société vraiment nouveau, mais alors là, c'était carrément de la philo avec suspiscion prévisible d'accusation de "bisounourserie". Il aurait fallu s'inviter pendant une heure chez chaque électeur pour avoir le temps de casser les préjugés, et une autre heure pour aller aux contenu... Mais ça, non plus, on ne les avait pas.
Alors tranquillement, on s'est acheminé vers la fin, sans illusion, voire dans l'écoeurement latent Le soir du premier tour a simplement permis de prendre acte sans surprise ni horreur. On râle contre les sondages mais on les suit quand même anxieusement... Ils servent à éviter les décompensations : on est restés dignes le 22 avril à la Brasserie de la République. On a même réussi à scander "Nicolas Président" quand la Presse est passée. Hommage à Nicolas Schmit, le meilleur président d'équipe de coordination qui soit ! (Des bises, mon Nico)
L'entre-deux tours a été une nouvelle épreuve : quand on regarde de loin l'acharnement des combattantsd dans la cour de récré alors qu'on a milité pour la raison et pour l'union ; quand on entend les arguments obscènes de la droite qui s'ultra-droitise alors qu'on milite au quotidien pour la tolérance, la complexité et l'ouverture ; quand on n'entend rien que du silence en provenance de la gauche se gardant de trop parler de peur de gaspiller le capital alors qu'il y aurait des choses révolutionnaires à dire et à tenter... Et qu'on n'a encore moins les moyens de faire entendre sa voix... On appréhende la mâturité des grecs anciens et à quel point le cynisme et le stoïcisme sont des postures essentielles à la survie mentale
Bayrou a eu raison d'attendre pour se positionner. Il a eu raison de ne pas donner de consigne de vote globale, il ne l'aurait pas pu de toute façon (notre famille politique ne l'a jamais souffert), et chacun a raison chez nous de voter ce qu'il votera dimanche. Parce que nous nous faisons confiance les uns et les autres, nous savons que, quel que soit le choix, il aura été longuement pesé et mûri en fonction de convictions et d'un sens profond de la responsabilité.
Pour ma part, je ne saute pas de joie. Je voulais voter blanc mais comme dit ma copine Florence, il y a des moments où il convient de faire passer l'éthique de la responsabilité avant les convictions (elle est forte en grec ancien ma copine Florence, elle connaît l'aidôs). Sarkozy n'a pas été désavoué par l'UMP malgré sa drague éhontée et exponentielle de l'électorat frontiste, il fallait en prendre acte : la droite a changé. Depuis 5 ans, les thèmes insupportables de l'assistanat, de l'immigration ont été périodiquement utilisés comme arguments de communication, comme chiffons populistes. Ils ont légitimé l'ancrage du racisme de confort et mon engagement difficile au Réseau Education Sans Frontières... Je sais bien, moi, comme prof de lettres, que les mots ont un pouvoir, et qu'on n'use pas impunément très longtemps des glissements de sens qu'on leur fait subir par opportunisme. Et je suis tellement et si viscéralement affectée, quand j'entends que d'anciens élèves votent ou militent au FN...
Hollande est devenu du coup beaucoup plus fréquentable. Son programme économique est intenable, mais il le sait et Cahuzac l'a répété. Taper sur Bayrou à droite parce qu'il cautionne la gabegie prévisible est une hérésie : il n'a renié aucune de ses déclarations sur la catastrophe qu'il annonçait le 4 février dernier en cas d'application du programme socialiste. Il a affirmé qu'il serait dans l'opposition. Pas de blanc-seing ! Et comme il dit toujours ce qu'il fait et que je sais qu'il n'a rien négocié (même si ça me fait mal pour la famille), ça me suffit. (honte à ceux qui le traitent d'opportuniste, il n'a rien à prouver en la matière, et cela fait 10 ans qu'il opportune, importun et isolé)
L'économie, pour moi aussi, n'est qu'un moyen au service d'un projet de société : de façon générale, je place les valeurs avant l'argent, il est donc cohérent de ne pas privilégier l'argument économique pour me déterminer. Le projet socialiste contient évidemment des idées contraires à mes convictions en matière de bioéthique notamment. Je n'ignore pas la possibilité de certaines dérives provoquées par la généralisation de pratiques autorisées mais toujours insuffisamment encadrées. Je ne suis pas certaine du tout non plus qu'en matière d'éducation, le PS réussisse à construire l'école dont je rêve, lui qui a organisé la faillite du système en refusant de traiter les conséquences néfastes de la démocratisation scolaire... Les déclarations de Peillon ne me laissent rien espérer de transcendant.
Mais, comme démocrate chrétienne, le projet de société de Hollande (même si je connais les méfaits de la démagogie liée à l'idée d'égalité) me semble plus propice à construire le vivre-ensemble que celui de Sarkozy fondé sur la fermeture, le repli, la division des forces et l'accroissement avéré depuis 5 ans des inégalités au profit des riches. On ne peut pas prôner la responsabilité (valeur traditionnelle de la droite) comme force de cohésion sociale et légitimer une forme de déresponsabilisation morale face aux pauvretés collectives, aux scandales humains de notre monde : la responsablité ce n'est pas seulement celle des pauvres qui abusent du système...
Et comme politique, je me sens plus proche d'une social-démocratie faite d'équilibre, de développement responsable et de modération que du néoconservatisme arrogant à l'américaine. Je suis donc assez satisfaite d'une part que Bayrou rende réalisable par son choix, même si j'eusse évidemment préféré qu'il en fût lui-même le centre, l'idée d'union nationale et centrale qu'il a répétée avec constance ces dernières années. Et d'autre part, sans me faire aucune illusion (un bon centriste n'est pas un centriste mort mais un centriste désabusé...), j'imagine bien un peu tout de même que le programme amorphe mis en avant par le candidat de gauche va subir des évolutions liées à la crise qui vient, il faudra peser encore pour construire. En refusant de sacrifier les idées de sa campagne et du Centre pour une nouvelle traversée du désert de 5 ans, Bayrou se montre aussi un chef de parti responsable (quoiqu'en disent les amis qui l'ont aimé, puis destesté, aimé encore et qui le détestent à nouveau...)
Ce que demain dira, on ne sait pas... Beaucoup d'incertitude et le vertige, un peu, tout de même, face au vide... "Il faut trembler pour grandir". On va mourir, mais à refuser le risque, on meurt aussi. Le MoDem était le parti de la traversée du désert, et le désert, ce n'était pas encore le vide. Le vieux manteau dont les pans s'écartaient, faisant craquer les coutures, ne se tient plus du tout. On entre ailleurs, là où c'est neuf, totalement... Courage et confiance ! (et pardon pour le lyrisme de fin de note ;-))
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19.03.2012
François Bayrou à Epernay : La France solidaire sous les auspices de Bernard Stasi
C’est devant une salle comble et métissée que François Bayrou a décliné les thèmes fondamentaux de sa campagne le 14 mars à Epernay.
Il n’était pas anodin que le jour de la sortie du programme du candidat intitulé « La France solidaire », celui-ci vienne rendre hommage à Bernard Stasi à Epernay. En effet, le tempo absolument huilé de la campagne de François Bayrou qui, depuis le mois de janvier égrène les piliers de son plan pour sortir la France de l’Etat d’urgence, trouvait mercredi 14 mars son couronnement avec la publication de la synthèse dont la solidarité est le liant.
Associer Bernard Stasi comme figure historique d’un centrisme « courageux » à ce moment-clé et à quelques heures du début de la campagne officielle était un acte fort.
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17.03.2012
Pour Blendi et Blendon Gashi et pour leurs parents
Depuis le 19 janvier, nous sommes mobilisés avec RESF (réseau éducation sans frontières) pour le retour de Blendi et Blendon, deux enfants kosovars âgés de 10 ans, scolarisés tous deux dans une école châlonnaise.
Arrêtés le 19 janvier à 7h du matin, emmenés au centre de rétention de Metz, ils ont été reconduits le lendemain, avec leurs parents, dans des conditions peu reluisantes, n'en déplaise au secrétaire général de la Préfecture qui s'en tient au rapport de police...
En tout cas, cette reconduite a coûté cher au contribuable (4 policiers et un avion privé pour 2 adultes et 2 enfants), comme la politique migratoire du gouvernement dans son entier pèse sans doute beaucoup plus qu'on ne veut bien le dire sur nos finances publiques : 533 millions d'euros en 2008 selon La Cimade.
Depuis le 20 janvier, le RESF de la Marne se mobilise chaque semaine pour les faire revenir :
- parce qu'ils ne peuvent pas vivre en paix au Kosovo, : depuis leur retour à Pristina, ils vivent cloîtrés, dans la peur de la menace de leurs anciens agresseurs.
- parce que Blendon est malade, des suites d'une hémiplégie qu'il a faite à l'âge de 4 ans et qui l'a considérablement diminué. Il devait être opéré à Reims le 21 mars prochain.
Si vous passez par là et que vous ne l'avez pas encore signée, je vous recommande donc la pétition pour demander leur retour.
Sur ce lien, d'autres textes et informations sur la mobilisation.
01:08 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
25.02.2012
VIENS !
Slam écrit pour la mobilisation du 25 février
Moi, j’ai déjà une carte d’identité
Parce que je suis né du bon côté
Alors dégage !
Moi, j’ai galéré, bossé comme un taré
Et je suis au chômage
Alors dégage !
Moi, mon mari m’a quitté
J’arrive pas à remonter
Alors dégage !
Ouais, c’est vrai les étrangers
Ils viennent tout nous piquer
Les allocs, les pensions, les attestations
Alors dégage !
C’est des profiteurs, des fraudeurs, des arnaqueurs
Des looseurs, des dealers, des voleurs, DES ERREURS
Alors dégage !
Et pis ils ont trop d’enfants
Qu’ils élèvent pas, pour en faire des délinquants
Alors dégage !
Ca gueule dans les quartiers
Dégage !
Ca égorge du mouton dans les cités
Dégage !
Ca brûle des voitures le 14 juillet
Dégage !
Ca terrorise les bons français
Dégage ! Dégage ! Dégage !
Les nôtres d’abord ! Préférence nationale !
La misère du monde, ici, c’est pas un scandale !
Mais :
Ma carte d’identité, je l’ai pas méritée
Du boulot, j’en ai plus, mais toi, t’en as pas non plus
Et dans ma vie, les drames, ça m’a servi
Parce que maintenant, je crois :
Que c’est pas parce qu’on est mal qu’on doit
En vouloir aux autres…
Ni rejeter l’Autre…
Ya plus malheureux que soi
Je me répète parfois !
On peut se révolter, en vouloir au monde entier,
Taper sur des murs, se faire un visage dur
Qu’est-ce que ça change ?
Qu’est-ce qu’on y gagne
A nous stocker dans le cœur la hargne ?
Le différent n’est pas l’ennemi
C’est trop facile de s’en prendre à lui
La caricature, l’enflure, la dictature
De la pensée
Ces réflexes de colère
Qui nous rendent amers
Faut les brider, les empêcher, les rejeter
Parce qu’ils nous font dérailler,
C’est pas dans la déraison
Qu’on peut trouver la solution.
Alors viens,
Oui, toi, viens :
Viens me donner ta différence
Comme une chance
Comme un éclat qu’on prend sur la violence
Viens me dire dans ta langue les mots
De l’amitié, de la fraternité
Qui dépassent les frontières de nos intimes pauvretés
Viens bousculer en moi ma peur de n’être pas toi
Et rends-moi la conscience de ma chance,
Pas seulement la chance de pouvoir manger chaque jour à ma faim
De profiter du régime spécial dû aux européens
Mais la chance de vivre dans un pays libre, en France
où on ne classe pas encore (tout à fait) les gens selon leur appartenance.
Viens m’enrichir de ta culture
Viens m’apprendre ta littérature
Et que la rencontre de nos vies, de nos esprits
Ouvrent d’autres possibles, d’autres futurs, un autre monde…
Un monde…, ah non
Pas un monde où on a du fric, du pognon
Et la certitude d’avoir raison.
Mais un monde où il n’y a pas d’autre priorité
Que celle de la fraternité.
Mais un monde où le lien, le tissu des relations
Le partage des différences,
Font progresser la paix et la confiance
Un monde où on se sent fort d’abord parce qu’on est ensemble
Et que, prenons le risque, parfois, on en tremble.
Ensemble pour dépasser les faux systèmes
Qui engendrent la peur et la haine
Qui font croire que la terre est une arène
Où s’affrontent les civilisations,
Les races et les traditions.
Viens dans la confiance, viens dans la patience,
Viens me donner ce qui nous distingue,
Viens me révéler ce qui nous rend proches,
Viens m’apprendre les limites de ma richesse
Et les forces de ta pauvreté…
Toi, l’étranger, toi, ma rencontre,
Toi, ma chance, ma belle préférence
Toi, mon frère, Blendon.
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28.01.2012
Récit de tous ceux qui viennent ici pour vivre en paix
Texte écrit pour la mobilisation du Samedi 28 Janvier
Un jour, la vie est devenue si dure qu’on décide de tout vendre, de dire au-revoir aux parents et amis et de partir peut-être pas pour toujours, mais le temps que cela se calme. Vous ne pouvez pas comprendre, on ne peut plus tenir : on nous a dépouillé, on a brûlé notre épicerie en emportant la caisse, on nous a obligé à quitter notre pays parce qu’il y a eu la guerre, on a vécu dans des baraquements en tôle dans un camp de réfugiés, là où les enfants sont nés, ils ont tellement mal mangé au début qu’ils ont les dents tout abimées, et des petits corps déjà fatigués ; on a vu tuer près de nous par des groupes nationalistes, le voisin qui faisait depuis deux ans les marchés le même jour que nous ; on nous a insulté parce qu’on ne nous a pas donné la bonne religion, parce qu’on n’est pas de la bonne tribu, parce qu’on est tombé fou amoureux d’une femme d’une religion différente de celle qu’on a reçu ; dans le bus, on a sorti un couteau devant notre fils de trois ans en menaçant de nous le planter dans le ventre ; on a jeté des pierres à travers nos fenêtres, nos femmes en ont plein les poches parce qu’elles se font régulièrement suivre dans la rue ; nos voisins étaient des terroristes, la police a cru que nous aussi, nous étions de la bande, on nous a enlevé, on nous a torturé, on nous a fait chanter, alors on a craqué, on a donné des noms : ce n’étaient pas les bons, mais au moins, on a pu revoir celle qu’on aime, la serrer dans ses bras, on n’a pas pu oublier ça, la trahison. Oui, on a porté plainte, on est allé à la police là-bas, mais ça s’est su, alors on a été encore plus traqués, plus harcelés, on nous a menacés de mort, on nous a attendu au carrefour, on nous a frappé, laissé sur le sol pour mort, on a des séquelles de ça encore, on a essayé de kidnapper nos fils, on nous a fait baisser la tête, honteux de nos faiblesses, devant nos femmes, incapables que nous étions de les protéger, elle et nos enfants. Et la police n’a rien fait, on le savait qu’on serait broyés pour cause de paix sociale, elle ne se fâche pas avec la mafia, ni avec les nationalistes, ils ont des armes, et des appuis étrangers, on n’a pas fait le poids, on n’a pas fait le poids.
Alors on a tout quitté et on est partis au pays des Droits de l’Homme, dans un camion conduit par un type qui nous a pris tout ce qui nous restait ou qu’on avait récupéré à droite à gauche chez des parents, des amis, désolés de nous voir si désespérés, si menacés, on a donné tous les bijoux, ceux qu’on gardait pour doter nos filles, ceux qui venaient de loin dans la famille, on s’est endettés à vie pour quitter cette misère. Le passeur, on l’a laissé droguer les enfants pour qu’ils dorment les deux jours du trajet, il dit que sinon, il ne les emmène pas ; on a traversé trois, quatre pays, sans sortir, le cœur inquiet, plein d’un espoir un peu dingue. Et puis en sortant du camion, on nous a donné dix euros et on nous a dit de répéter ça, on ne sait pas trop ce que ça veut dire, ce sont les premiers mots de français qu’on aura jamais prononcé : « je demande l’asile ». On dit ça dans la rue à des gens qui nous emmènent devant la préfecture, on entre, ça y est, tous les drames sont derrière, on va pouvoir souffler. On ne demande pas grand-chose, d’ailleurs on nous dit vite à la Croix Rouge qu’on est en procédure prioritaire, qu’on a droit à rien, mais on s’en moque, parce qu’on n’aura plus peur, et qu’on pourra marcher dans la rue sans être suivis, et que nos enfants vont sourire, et qu’ils pourront dormir tranquille et aller à l’école, enfin !
Mais voilà, huit mois plus tard, ça recommence ! Une dame est venue nous voir : elle a dit qu’on n’a pas eu de papiers, qu’on n’a plus le droit de rester, soit on accepte le retour volontaire et on part avec plein d’argent (1000, 5000, 6000 euros, selon notre origine ethnique) et on en aura un peu plus si on veut rouvrir un magasin là-bas par exemple, soit la police va venir, nous arrêter et on partira sans rien du tout et même un peu violemment, elle dit que c’est traumatisant pour les enfants, qu’il vaut mieux être gentils et partir gentiment avec l’argent. On lui a répondu qu’on avait peur de la guerre, de la mafia, que là-bas, ils nous retrouveront, que de toute façon, on est de nulle part, qu’on est rien pour personne là-bas, qu’on va à nouveau se faire harceler pour notre origine, notre religion, que nos parents ont été eux-mêmes victimes de ceux qui nous poursuivent depuis qu’on est partis, qu’on a reçus plusieurs convocations de police là-bas. Et puis, on ajoute qu’on a fait un recours à l’OFPRA, qu’il faudrait au moins attendre la réponse, que si elle est positive et si on a l’asile, on lui donne autant d’argent qu’elle nous en a promis pour le retour volontaire, tellement on sera heureux, on l’invitera à la fête, on boira à sa santé, mais elle ne comprend pas, elle ne sait pas ce que c’est que la guerre, que la peur, que la honte de ne pas pouvoir protéger sa femme qu’on aime, ses enfants qu’on voudrait tellement laisser là parce qu’ils sont heureux, qu’ils sourient comme jamais, elle ne sait pas ce que c’est que la colère face aux autorités qui ne protègent pas. Elle fait son boulot d’autorité à elle, celui pour lequel elle est payée, elle fait appliquer la loi, la loi d’un pays qui est un Etat de droit, peut-être sait-elle déjà que l’OFPRA dans sa rapidité à nous juger dira NON. Elle ne répond rien à ça. Elle s’en va : on ne sait pas vraiment combien de temps on a pour choisir, mais on ne peut pas choisir. La seule chose qui change, c’est l’argent. On retourne avec ou sans. On sera malheureux, mais il y a l’argent. Alors on réfléchit, on ne dort plus, on discute des heures avec la femme qu’on aime, on tourne des heures durant le problème dans sa tête. On appelle les frères, les amis, on tourne, on crie, on pleure, les enfants ne dorment plus non plus, plus personne ne mange, ils ne vont plus à l’école alors qu’ils adorent l’école, ils sont malades du stress de leurs parents, on sursaute à chaque coup de sonnette dans la terreur de voir arriver les policiers parce qu’on n’aura pas répondu ou pas assez vite …
Ca c’est l’histoire banale de plein de migrants demandeurs d’asile ordinaires. Ca c’est le récit par éclats de tous ceux qui croient venir ici pour vivre en paix.
Ils en sont là aujourd’hui les parents de Floriana, Driton, Nedzmija, Elmedina, Mohamed, Meriem, pris dans les rets d’un dilemme impossible à trancher.
Il y a 15 jours, c’étaient ceux de Blendi et Blendon qui n’ont pas accepté assez vite de repartir et qui ne se sont pas cachés, parce qu’ils sont trop honnêtes et trop dignes : on les a montés de force dans un avion pour retrouver au Kosovo, huit mois plus tard, les mêmes agresseurs, les mêmes ennuis, les mêmes affreuses angoisses.
La France les renvoie, la France ne les croit pas, la France jette la suspicion et le doute sur chacune des histoires de migrants. Motif de rejet de la demande d’asile : la dangerosité des menaces n’est pas prouvée, ils n’ont pas fait la preuve que les autorités de leur pays ne pouvaient pas les protéger. Mais il suffit de faire revenir deux minutes chez les enfants les souvenirs de la vie d’avant : les mots qu’ils emploient pour la dire en français, qui aurait pu les leur graver aussi profond dans le cœur, les leur apprendre par cœur ? Ce sont des horreurs que des enfants de trois ans, de cinq ans n’inventent pas !
Qui un jour pourra reconnaître leurs droits bafoués là-bas ? Qui un jour pourra reconnaître leurs droits, méprisés ici ? Droit à être reconnus comme victimes et droit à obtenir réparation, droit à être accueillis et respectés comme êtres humains, droits d’intégrer une communauté qui les accepte, droit de prendre leur vie en main, de décider par eux-mêmes si c’est le moment de repartir au pays qu’ils ont quitté seulement parce qu’ils y étaient obligés. Droit de faire des projets d’avenir pour leurs familles et leurs enfants. Droit de vivre en paix dans la dignité et entourés.
Nous qui les connaissons, qui les entourons déjà et à qui on ne fait pas confiance pour juger, parce que nous sommes des gauchistes ou des allumés, nous reconnaissons, nous, ces droits que la France ne respecte pas. Nous refuserons de laisser nos amis céder au chantage infâme du retour volontaire, qui n’a de volontaire que le nom ! Nous refuserons que les uns partent ! Nous nous battrons pour que les autres reviennent ! C’est le sens aujourd’hui de notre chaîne humaine.
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13.12.2011
Intervention de Julien Fretel, politologue, professeur à l’Université Jules Verne d’Amiens, en conclusion du Forum Démocrate du 10 décembre 2011
Nous avions demandé à Julien Fretel d'être l'observateur-témoin, le fil rouge de notre journée de forum samedi dernier. Qu'il soit encore une fois ici remercié d'avoir bien voulu se plier à l'exercice. Très souvent, nous a-t-il confié, il s'est retenu de prendre la parole pour participer, lui aussi...
Il a circulé toute la journée entre ateliers et tables rondes, a écouté, pris des notes et nous a rendu compte en guise conclusion de ses observations. Il a commencé par mettre en valeur l'originalité de notre démarche participative tout en la rattachant aux modes d'action qui sont ceux des mouvements actuels cherchant à faire évoluer les pratiques politiques. Il a aussi tracé quelques pistes à continuer d'explorer pour creuser le sillon du renouvellement de la vie politique partisane. En voici les bribes...
La démocratie est inséparable des partis politiques.
Depuis qu’elle s’est institutionnalisée, les partis se sont approprié sa gestion. Ils ont permis aux petits et aux faibles de participer car ils ont contribué à former au XIXème siècle des gens capables de voter des lois. Grâce à eux, la République s’est ouverte à d’autres catégories sociales que la noblesse. Leurs capitaux sont collectifs. Si on ne compte pas sur les partis, on ne peut pas parler de démocratie.
Le modèle du parti de masse, c’est le PCF. L’UDF à côté faisait figure de non-parti, de protoparti, on l’appelait la gangue vide. Il s’agissait néanmoins d’une forme originale d’organisation qui s’est encore transformée avant la fin de l’UDF. On voyait arriver le MoDem. Il a existé dans l’UDF avant qu’il n’existe juridiquement. On voyait se transformer la société et les habitudes des adhérents.
Les adhérents ont un pedigree spécifique : ce sont des polyadhérents (ultra-hyper activistes de la société civile). Ils ont une adhésion, adhérence faible par rapport à d’autres partis.
Ne pas rester entre soi
Le Modem porte les perspectives qui permettraient aux partis politiques de se sortir de leur crise mais il doit se méfier des obstacles internes qui peuvent transformer ses atouts en échecs.
- D’abord les partis politiques sont des objets de conquête de positions et de pouvoir, ils reposent sur l’enracinement dans un territoire. Cet aspect est la source de contradictions sans fin : en même temps, représenter, animer, délibérer mais aussi décider de se placer… La question du pouvoir est mal débattue ou traitée dans les partis aujourd’hui. C’est difficile d’assumer qu’on a des ambitions, on est toujours soupçonné d’avoir des positions stratégiques. Le pouvoir pour les partis est comme un « ça », toujours présent mais il n’y a pas les mots pour le mettre au jour.
- Les rapports à la société civile sont de repli, les effectifs sont réduits, on manque de monde. Cela donne lieu à une cartellisation des partis en occident. Ce sont des entreprises semi-publiques (fonctionnement public). Il ne faut pas forcément incriminer la professionnalisation de la politique. Au XIXème siècle, elle a permis à des gens de se présenter contre les nobles et d’être élus. C’était le contraire de la fermeture à cette époque. Mais aujourd’hui, la réalité est que ces entreprises politiques que sont les partis se partagent les positions de pouvoir, occupent les postes, monopolisent les débats.
- La césure est consommée avec la société civile. Les partis n’ont plus de liens avec les associations, les univers militants, sociaux, caritatifs. Ils ne remplissent plus le rôle d’éducation populaire. Les partis politiques d’autrefois avaient une véritable activité d’éducation populaire, avaient le réflexe d’occuper la ville et de former à l’engagement. Pour certains partis, ils fonctionnaient un peu comme des écoles de la deuxième chance. Aujourd’hui encore, on le voit, les étudiants encartés ont des ressources supplémentaires, ce sont des étudiants en avance.
- Il faut aussi prêter attention au rapport entre les partis politiques et les milieux populaire. Il y a aujourd’hui une très grande homogénéité sociale au sein des partis. Dans le Quartier Croix Rouge, le fort déclin des associations a contribué à un effondrement de l’encadrement de la population. Comment répondre à la demande des adhérents à plus de délibération mais tous les adhérents n’ont pas le même rapport à la parole. Dans un contexte d’institutionnalisation de la délibération, il faut trouver de nouvelles formes pour s’ouvrir, aller dans la glaise de la société civile. De ce point de vue, les cousins des adhérents du MoDem sont ceux d’EELV.
Cette question ennuie beaucoup les dirigeants. Comment un parti peut-il accueillir pour éduquer et réaliser une socialisation primaire, secondaire ? Il y a toujours la pensée qu’on dépose sa conscience aux vestiaires quand on adhère à un parti politique.
Une organisation mouvementiste
La marque de fabrique du MoDem et d’EELV, c’est l’organisation mouvementiste. Leurs adhérents aiment l’action associative, beaucoup sont dans l’économie sociale et solidaire, dans l’action caritative, humanitaire, dans des entreprises où la question est de refaire, retisser du lien social. Le PS au contraire est recroquevillé sur ses élus. Il connaît une régression due à l’électoralisme de ses pratiques et à la bureaucratie de parti, beaucoup d’adhérents ont été dissuadés. Les adhérents du MoDem et d’EELV sont des gens de réseaux, ils maîtrisent la force des liens faibles, ils ont une surface sociale importante au-delà du caractère réduit des effectifs.
Cette volonté est aussi un talon d’Achille : faire de la politique autrement passait par l’organisation d’un mouvement peu corseté, bureaucratisé. En voulant cela, il était difficile de trouver le bon mode d’organisation. On se souvient de Seignosse de la fraîcheur, de l’enthousiasme de cette première université de rentrée… Mais depuis, il y a eu des problèmes d’organisation et de pouvoir. Par ailleurs, les adhérents avaient déjà une grande habitude d’organisation issue de leurs pratiques associatives… On n’a pas pu tous les contenir, cela a engendré beaucoup de déceptions, de mécontentement. L’utopie collective de départ s’est heurtée en outre à la pratique d’élus qui manquent de loyauté.
La recette de cette manière de s’organiser est la clé, il faut trouver ce mode d’organisation dont les adhérents seront co-auteurs car l’activité principale de l’adhérent du MoDem ou ‘EELV ne saurait se limiter au vote (comme au PS).
Le problème de l’engagement et de la sollicitation se heurte à l’adhésion post-it de nos contemporains. Le militantisme se féminise, l’engagement prend du temps, on ne peut plus se dégager des journées entières… Il faut trouver d’autres modes de sollicitations.
C’est un défi important à relever ! Parmi tous les autres !
Ici, le compte-rendu de la journée par l'UNION (qui ne s'y est pas trompé !)
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30.10.2011
Réviser la croissance et prescrire la rigueur : pour aller où ?
Nous sommes au bord du précipice. L’Italie a quasi basculé. Après Moody’s, c’est Standard and Poor’s qui menace de dégrader la note de la France… Les sommets européens qui s’enchaînent et se ressemblent du dimanche au mercredi (comme dans la comptine « Le petit prince a dit ! ») ne débouchent sur aucune solution, chacun restant autocentré sur ses problématiques nationales.
Ce qu’on sait depuis hier, c’est que nous allons devoir en France « réviser » nos prévisions de croissance de 1,75 à 0,9, et qu’un nouveau plan de rigueur va s’en suivre, d’après ce que dit François Fillon. On entend les récriminations du PS qui affirme que la cure d’austérité est plus suicidaire encore que le déficit lui-même. La régulation préconisée : interdiction de la spéculation sur la dette souveraine, s’accompagne de l’idée (vœu pieux) de la nécessité de relancer la croissance…
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12.10.2011
A la recherche d'un autre modèle (1)
C'est GuillaumeD qui en parle là : Apparu rencontre des jeunes de gauche un peu utopiques lors d'un débat radiophonique, puis la conversation se poursuit en off. Et quand on discute avec un gars de droite d'une alternative au modèle néolibéral capitalistico-financier, il répond goguenard et dubitatif : "Vas-y, propose autre chose!"
Alors spontanément, comme la question m'interpelle, je me tourne vers l'alternative la plus forte sur l'échiquier politique (parce que la décroissance, c'est déjà exclu) pour voir à quoi elle ressemble au fond et si elle manque tant que ça de crédibilité.
Le vote Montebourg aux Primaires m'a beaucoup intriguée, je l'avoue, parce que je me sens assez attirée par la radicalité de ses propositions. C'est lui, vraiment qui porte le discours du changement à gauche et réactualise le vieux clivage. Il me semble d'ailleurs qu'il pourrait opportunément prendre toute sa place aux côtés de Mélenchon qui l'y invite ce soir...
Mais je voulais mieux comprendre ce que c'est que la démondialisation (qui est reconnue comme LE positionnement vigoureux de gauche, propre à faire renaître le socialisme contre les affreux socio-démocrates libéraux) alors j'ai cherché. Et ça tombe bien ! J'ai trouvé un texte collectif rédigé par d'autres porteurs de changement (pas nécessairement ancrés à gauche : et non, enfin, je pense que le clivage ne marche plus là non plus... mais pas de droite non plus) que sont les altermondialistes d'Attac. Vous me direz pourquoi s'intéresser à un débat entre Attac et Lordon et pas entre Madelin et Montebourg ?
Parce que je ne crois pas être libérale économiquement, et que justement, il m'importe de réflechir à autre chose que ce que nous pratiquons déjà. Par conséquent la vieille dichotomie droite-gauche, libre-échange versus réglementation ou protectionnisme, me semble obsolète en ce qui concerne l'invention d'une autre formule.
Mais il y a une autre cause: GuillaumeD a dit cela ailleurs sur son blog et je crois qu'il a profondément raison : un certain nombre de mes amis ont quitté le MoDem parce qu'ils ont été déçus de ne pas retrouver clairement énoncée la volonté de changer de modèle qui nous avait séduits dans le discours de Bayrou en 2007. Rappelons qu'il a milité jeune chez Lanza del Vasto et qu'il lui reste sans doute quelque chose de cete utopique posture...
Par conséquent, j'imagine (mais je lis déjà sur certaines lèvres le sourire ironique qui est la sanction de ma naïveté !) que si on arrive à composer au MoDem quelquechose qui serait un mixte de réformisme et d'altermondialisme, (que j'entends bien comme la recherche d'un autre modèle social, d'un autre progrès social que celui du pouvoir d'achat ou de la protection des droits sociaux... ) alors, nous tracerions enfin la troisième voix que nous portons depuis 2007 et que JFK ne place pas au milieu mais en avant. Y en a qui disent qu'on le fait déjà ? Ben oui, mais ça ne s'entend pas. J'ai même lu récemment que Bayrou était le plus archaïque des hommes politiques économiquement parlant... Et on laisse EELV seul sur le créneau, sans dire assez fort qu'ils ont déjà fait le choix du ralliement, et qu'il ont donc perdu une part de leur liberté de création...
Mais laissons s'installer le débat :
1er acte : Attac publie une tribune dans Médiapart pour critiquer la démondialisation, concept hyper tendance FN et inadapté à la possibilité de proposer un modèle alternatif où parfois il faut plus de mondialisation et parfois moins... Ils sont européanistes et attachés à l'universalisme, donc peu enclins à la fermeture. Assez surprenante tribune car d'aspect consensuel et peu virulent. Lordon les accuse d'ailleurs de relayer les arguments des éditorialistes libéraux.
http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapar...
2ème acte : Lordon répond longuement en accusant les altermondialistes de prôner au fond la démondialisation tout en refusant de le dire pour ne pas être assimilés FN. Il replace de très intéressantes définitions de concepts (notamment en éclairant la distinction d'une mondialisation des externalités qui suppose une réflexion mondiale sur les conséquences telles que le réchauffement climatique ou la souveraineté alimentaire... qu'il oppose à une mondialisation de la libéralisation financière et capitaliste ; l'une étant selon lui opératoire et constructive, l'autre négative à abolir : il accuse de façon sous-sous-jacente Attac de mal faire le distinguo).
J'apprécie aussi l'idée pas neuve mais importante que dénoncer la mondialisation, c'est incriminer des structures et non des hommes (travailleur chinois), qu'on ne peut pas reprocher aux pays émergents leur stade de développement mais qu'on doit s'attaquer aux mécanismes portés par l'UE et l'OMC qui permettent la libre-concurrence avec eux ; évidemment sur l'oligarchie économico-financière, qu'il attaque dans un deuxième temps, il perd un peu son objectivité...
Son idée fondamentale, c'est que la notion de souveraineté est moderne, non pas celle de souveraineté du peuple, mais celle d'un peuple (notion plastique et non figée) qui se choisit comme souverain en fonction de communs possibles, ce qui peut l'élargir à la dimension européenne ou régionaliste dit-il (donc pas FN ni Dupont-Aignan). J'aime assez ce concept qui rejoint l'idée de Benassayag de reterritorialisation (comme palliatif à la mondialisation qui individualise et uniformise ; Lordon dit qu'elle globalise et détruit le politique)
Par contre, il vire à la caricature sur la fin en opposant le modèle allemand comme incompatible avec le modèle méditerranéen: ce n'est pas la Grèce qui doit sortir de l'euro pour lui mais l'Allemagne qui impose son modèle de compétitivité et le diktat de l'euro comme sa monnaie propre, à toute l'Europe.
Mais surtout, ce qui m'intéresse particulièrement, c'est qu'il accuse les altermondialistes d'être des "idiots utiles" à la Jacques Attali, des faiseurs de y a qu'à, faut qu'on... C'est la même critique que celle d'Apparu, à peu de choses près !
http://blog.mondediplo.net/2011-06-13-Qui-a-peur-de-la-de...
3ème acte : Donc j'ai été particulièrement attentive à la nouvelle réponse de Pierre Khafa d'Attac dans cette optique. Il explique les limites du rétablissement des barrières douanières vu les modes de productions actuels qui pareront forcément et vu les distorsions du coût du travail qui rendraient nécessaires dans la logique, un protectionnisme national plus qu'européen qui conduirait à une intensification de la guerre commerciale (Merde, il est de droite le mec d'Attac!).
Il reproche à Lordon de ne pas faire le lien entre contrainte actionnariale du capitalisme et concurrence, et critique la vision trop économique (et peu stratégique) de la sortie de crise qui consiste à attendre qu'elle fasse son oeuvre, balaye le vieux système et en fasse advenir un plus sain.
Il dénonce aussi le présupposé peu fondé qui consiste à promouvoir la souveraineté comme panacée sans s'interroger sur la mise en place des conditions politiques d'un retour à la souveraineté d'un peuple qui est loin d'être réalisable aujourd'hui et pour la construction de laquelle il faudra travailler bien au-delà de l'éclatement projeté par Lordon de la zone euro.
http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-khalfa/200611/les-i...
Conclusion 1 : En fait, pour trancher au terme de cette première étape : ce que je trouve vraiment intéressant dans l'altermondialisme, c'est son insistance (qui manque fort dans la démondialisation qui au final, quoi qu'on en dise, n'est qu'économique) sur la nécessité d'une prise en compte internationale de l'unité de l'humanité à l'aune de la mondialisation des droits. Il y a de la lutte et du militantisme citoyen là-dedans puisqu'il s'agit de libérer l'être humain (au cas par cas, pas dans le global!) des soumissions économiques et politiques.
Par contre, rétablir des barrières douanières n'est encore qu'une solution de gauche qui limite le champ d'action des citoyens, et laisse aux acteurs économiques et politiques traditionnels le soin de se mettre d'accord ou de se contraindre mutuellement, sans qu'aucun compte ni aucun changement profond ne soit demandé à celui qui consomme et qui cautionne, et qui baigne dans le néolibéralisme en le critiquant sans s'en sentir lui-même acteur fondamental... La démondialisation remplace des structures par d'autres structures. Or, pour moi la solution est en dehors des systèmes qui aliènent toujours, dans l'engagement propre de chacun.
Conclusion 2 : J'ai trouvé passionnant ce débat entre Lordon et Attac. pour deux raisons : d'abord parce qu'il m'a confortée dans l'idée que l'alternative n'est pas l'idéologie de gauche. Etant donné l'horreur sarkozyste, je suis tentée parfois en effet de choisir l'option de l'opposition officielle... C'est triste aussi de voir des amis, anciens centristes se rabattre sur la gauche, juste pour virer Sarko !
Mais, et c'est le second enseignement de ce débat, nous ne nous en sortirons pas en conservant les clivages traditionnels : la solution est ailleurs. Les démondialistes ne sont pas archaïques parce qu'ils sont de gauche, mais parce qu'ils préconisent des solutions qui semblent tenir compte des aspirations du peuple contre l'oligarchie, mais en réalité, accusent des entités abstraites et lointaines, et ne prévoient pas de donner des responsabilités économiques aux citoyens-consommateurs. Il faudrait effectivement tomber d'accord sur ce constat : les problème ne viennent pas seulement d'ailleurs, nous les portons tous collectivement et individuellement parce que nous en sommes à la fois la cause et le remède !
La modernité passe par de la régulation d'accord (lutte contre la spéculation et les paradis fiscaux) , de la reterritorialisation certes (relocalisation de la production et valorisation des entreprises de taille humaine), mais surtout de la responsabilité ! Par exemple, pour ce qui est des banques, la solution, ce n'est selon moi ni la recapitalisation qui laisse perdurer le mal sans le traiter, ni la nationalisation qui transfère le pouvoir de contrôle à l'Etat. Les banques, ce n'est pas l'Etat, c'est nous, c'est notre argent ! Alors outre l'exigence saine de remettre en oeuvre la séparation des banques de dépôts et des banques d'investissement, il est peut-être temps de nous rendre tous conscients de ce que produit notre argent quand on croit qu'il fructifie sur nos comptes d'épargne... Nous sommes d'ailleurs dans la semaine de l'ISR (investissement socialement responsable), c'est le moment d'en comprendre les enjeux si on n'a pas vu : Moi, la finance et le Développement durable ! Vous me direz Montebourg préconise la VIème République comme complément de la démondialisation ! Mais c'est encore juxtaposer le politique et l'économique, alors qu'il faudrait une fois pour toutes les relier et les allier.
Conclusion 3 : Il faudra donc encore creuser la question pour parvenir à tracer les contours plus clairement de ce modèle nouveau de société dont on peut dire déjà qu'il se passera des systèmes (et sera donc peut-être en cela plus libéral que le libéralisme tel qu'on le vit aujourd'hui ! C'est ça Florent, dis ?;-))
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04.10.2011
Ecole : ni plus, ni moins de moyens ! La vérité est ailleurs…
Je suis enseignante, et j’ai fait grève le 27 septembre, par conviction intime beaucoup plus que par réflexe politique puisque je ne suis pas de gauche, et surtout pas socialiste.
J’ai encore été violemment agressée par ces commentaires de Français lambda qui râlent contre les profs qui ne font rien sauf la grève, et aussi par le point de vue de certains libéraux qui arguent de la limitation stricte des missions de l’Etat à ses fonctions régaliennes pour pouvoir libéraliser l’école et la confier à des entreprises privées. Cela permettrait selon eux de soumettre les professeurs à rentabilité : s’ils sont bons, ils auront davantage de clients et seront mieux payés ; s’ils sont mauvais, ils perdront leur boulot et iront pointer au chômage, comme tout boulet du privé… Alors, bla-bla-bla, ils cesseront de réclamer des moyens à la Grande Vache à lait providentielle et castratrice d’énergie et ils verront bien ce que c’est de bosser, bla-bla-bla…
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